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 LETTRE À UN (AMI) FLIC.


 J’ai hésité à t’écrire parce que j’ai longtemps cru que tu finirais par comprendre.
Je me rends aujourd’hui à l’évidence : tu ne le veux pas.
Tu le pourrais pourtant, mais tu ne le veux pas.
Ces morts, ces éborgnés, ces amputés, ces blessés à vie, tu ne veux pas les voir.
Ce sont pourtant des gens comme toi, qui ne pensaient qu’à leur famille, à leur avenir, à leur retraite.
 J’allais demander de quelles œillères on a équipé ton casque pour que tu ne les voies pas, et je comprends que c’est pire.
Tu n’as pas d’œillères...
C’est toi qui as choisi de ne pas voir. Malgré les centaines de vidéos évidentes, malgré l’ONU qui demande une enquête sur tes méthodes, malgré les démocraties européennes qui alertent sur ta violence, tu as choisi de ne pas réfléchir.
Tu frappes comme on te le demande, arguant d’une excuse de sinistre mémoire.
Tu obéis aux ordres !
Ouvre juste un livre d’histoire pour apprendre qui, par le passé, a osé se défendre comme ça. Parce que dans l’histoire, tu viens d’y entrer.
Jamais en 40 ans toi et les tiens n’ont été aussi violents. Jamais autant de blessés.
Jamais une telle sauvagerie.
Tu as gazé des hôpitaux et des enfants, tué et fracassé de vieilles femmes, brisé à jamais de jeunes vies et tu as envoyé par milliers en prison de pauvres gens qui se battaient pour leur survie.
Alors oui, on te hait maintenant, et pour longtemps, et ça par contre, je sais que tu le comprends. Même si tu clames haut et fort qu’en d’autres temps on t’applaudissait en héros. Mais c’est juste qu’en ces temps-là tu faisais, en héros, ton vrai métier au service du peuple.
Tu ne te comportais pas en milicien au service d’un pouvoir corrompu et d’un ministre voyou. Et ne viens pas me dire que l’un compense l’autre.
Tu faisais ton métier avec grandeur et courage, et maintenant tu n’es qu’un milicien vil et servile. Et l’un n’excusera jamais l’autre.
Te rends-tu compte à quel désespoir et à quelle colère il a fallu que tu pousses ces gens pour qu’ils te crient de te suicider ?
Bien sûr c’est outrancier, mais c’est toi qui as mis sur le devant cet argument, en laissant entendre que ton métier est si dur et si méprisé qu’il a poussé nombre de tes camarades au geste fatal. Mais qui l’a rendu comme ça, ton métier, sinon ton ministre et ta hiérarchie à qui tu obéis aveuglément encore ?
Les gens que tu frappes avec hargne ne sont en rien responsable de la mort de tes camarades.
Leurs assassins, ce sont ceux qui te désespèrent dans des commissariats délabrés, qui te sous équipent au quotidien, qui dépensent des millions pour acheter des centaines de milliers de munitions pour des dizaines de milliers d’armes de guerre à retourner contre nous, au lieu d’investir ces millions pour améliorer tes conditions de travail. Et qui t’obligent à appliquer leurs stratégies suicidaires depuis leurs bureaux dorés.
Mais tout ça, tu le sais, n’est-ce pas ?
C’est juste que tu ne veux pas le reconnaître parce que ce serait admettre que ton silence fait de toi le complice par omission de la mort de tes camarades désespérés.
Pourtant je vois bien, quand je croise ton regard dans une manifestation ou un salon, que tu réalises à quel point ceux de la BAC et des BRAV, entre autres, sont des voyous déchaînés avides de violence.
Je la vois ta gêne. Ta honte quelques fois.
De leurs gestes obscènes, de leurs insultes sexistes et racistes, de leurs commentaires haineux, de leur joie non dissimulée quand ils mutilent, à commenter le bel impact de leurs tirs.
À huit contre un, les vidéos existent, sur des femmes à terre tirées par les cheveux, contre des handicapés en chaise roulante, ne me dis pas que c’est ça, ton métier.
Que c’est l’idéal pour lequel tu l’as choisi. Parce que si c’est ça, alors notre haine est justifiée et ne se tarira plus.
Et ne crois pas qu’en mettant ton honneur et ton humanité de côté, tu t’en tireras mieux que nous. D’une part parce que la haine accumulée rendra ton métier encore plus désespérant, mais surtout parce qu’un fois qu’il t’aura fait faire le sale boulot, le pouvoir se débarrassera de toi.
Les régimes totalitaires ont toujours fait ça : purger leurs forces de répression pour les maintenir dans un équilibre de la terreur en interne, en ne gardant que les pires. Donc soit tu vendras ce qui te reste d’âme au pire, soit tu te retrouveras comme nous, face au pire. Mais sans nous à tes côtés
Donc, voilà où nous en sommes, toi et moi.
Ça sera mon seul courrier, et c’est ta dernière chance. Tu dois rejoindre le mouvement, sinon le pouvoir nous asservira tous les deux à jamais.
La voilà ta chance de redevenir un héros.
Rejoins-nous. À ta façon, mais de manière visible, publique, fière, courageuse.
Relis bien cette lettre, et pense à quel être humain tu veux ressembler.
Nous avons été violents tous les deux, c’est vrai, mais rejoins ceux qui l’ont été pour défendre les leurs, leur vie, leur survie, et pas un régime totalitaire, arrogant et corrompu.
Reprends ton libre arbitre. Libère-toi. Rejoins-nous.

 

ReuterWeb Production
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