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Le racisme systémique, cancer de l’humanité

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PHOTO AFPÀ Washington, une Afro-Américaine traverse un passage piétonnier devant une rangée de policiers regroupés pour surveiller des manifestants.

C’est simple. Si on prend la définition du racisme systémique au pied de la lettre, on est sans doute raciste. Le racisme systémique est ce qu’il y a de plus sournois et pervers. En fait, tout préjugé peut mener au racisme systémique. 

Il ne faut pas confondre avec le racisme conscient et épais. Celui d’Elvis Gratton. C’est un racisme larvé qui est le résultat d’une multitude de comportements habituels dans la société. Sans qu’on y pense, sans même qu’on pose un geste de façon délibérée. Parfois, on a un réflexe, on éprouve une peur qu’on estime normale et sans en être conscient, on nourrit le cancer...

Un exemple entre autres : j’ai eu une conjointe haïtienne. Une très belle jeune femme qui est devenue avocate. Elle travaillait à TVA à l’époque. Elle roulait sur la 15 vers Montréal, en plein jour, au volant d’une Audi de l’année. 

Les policiers l’avaient collée à la hauteur de Mirabel. Rien à lui reprocher, pas de contravention, juste une simple vérification. Natacha avait été docile. Mais elle avait le ventre serré par la colère. Elle avait très bien saisi. Ses cousins, ses cousines, ses amis noirs avaient vécu la même chose. 

On vérifiait comment il se faisait qu’une jeune Haïtienne de 26 ans pût conduire une Audi A6. Noire au volant signifie char volé...

DES FROGS MOINS BRAVES

Cet exemple de racisme systémique est bénin dans la tête d’un policier. Mais c’est cet exemple multiplié par mille, par dix mille, par cent mille qui finit par créer les ghettos dans les villes. Ghettos noirs, ghettos asiatiques, ghettos latinos. Mais ghettos quand même.

C’est certain qu’il y a des degrés dans le cancer. Le racisme des Américains envers les Noirs, anciens esclaves enlevés ou achetés en Afrique, est omniprésent aux États-Unis. Il devient encore plus insupportable parce que la discrimination produit un autre phénomène inévitable. Les Blancs mieux nantis mais apeurés finissent par refouler les anciens esclaves dans des quartiers pauvres. Qui deviennent violents et criminalisés. 

Ce qui donne à la police le droit de frapper à coups de matraque « parce qu’on a peur de celui qui est devant parce qu’il a toutes les chances au monde d’être dangereux ».

C’est vrai aussi pour le Québec. Il y a encore Westmount et Saint-Henri, Montréal-Nord et Saint-Lambert. Toujours des ghettos. Ça va dans les deux sens. Il y a eu chez Eaton, où le personnel francophone devait baragouiner en anglais pour plaire aux patrons anglophones. Il y a eu au hockey aussi, où les
« fucking frogs » devaient ou se battre ou faire semblant de rire quand on les insultait. Ou les autres sports où les dominants du reste du Canada établissaient les règles et se montraient discriminatoires envers les francophones. 

Qui donc avait décidé que les hockeyeurs francophones étaient moins courageux ? Qu’ils étaient moins habiles défensivement ? Pourquoi tant d’équipes nationales canadiennes ne trouvaient-elles de la place que pour un gardien de but et un seul joueur dans tout le groupe ?

Pourquoi les fédérations canadiennes de sports ont-elles été aussi longtemps (et le sont encore) des repaires et des royaumes de racisme systémique ? 

Vous connaissez la réponse, mais c’est presque douloureux de la dire. 

LA PEUR, TOUJOURS LA PEUR

J’adore Jean Pascal. Il est beau, il est fier et il est instruit. Il est capable de parler de racisme sans se lamenter. Il préfère parler d’éducation. Il préfère élever sa fille en lui parlant franchement du monde qui l’attend. D’être cependant obligé de le faire de cette façon est déjà une concession. Parce qu’elle est noire, son père est obligé de lui révéler certains codes à observer. Qui ne préoccupent pas les parents blancs.

Mais Jean Pascal a compris que la violence ne peut suffire à changer les choses. Le FLQ n’a pu faire progresser le Québec jusqu’à ce que son statut de nation soit reconnu. 

D’ailleurs, comment a réagi Ottawa devant le FLQ ? Il a fait comme Trump est tenté de faire. Il a envoyé l’armée dans les rues de Montréal et il a fait arrêter sans motifs et sans mandats des centaines de citoyens honorables et souvent faisant partie de l’élite. Certains sont devenus ministres à l’Assemblée nationale en 1976.

Mais c’est l’éducation et la démarche politique qui ont fini par faire avancer les choses. Tellement que dans les années 80, le Québec inc. s’est installé au pouvoir. C’est le seul et vrai espoir, même aux États-Unis.

LA DIFFÉRENCE ET L’ARGENT 

Et on arrive à un corollaire du racisme systémique. Les sociétés en viennent à fonder la discrimination sur la différence bien sûr et sur l’argent. 

Qui étaient ostracisés et victimes de racisme au Canada ? Les plus pauvres et ceux qui doivent se définir, les Canadiens français. Aux États-Unis ? Les Afro-Américains. En Irlande ? Les Irlandais catholiques. En Turquie ? Les Kurdes. Ça finit toujours par la pression du pouvoir économique. 

On peut se donner le choix. Ton ami d’Edmonton est un « Canadian ». Il n’a pas à dire plus. Mais alors, tu seras un Canadien français. Ou tu peux être un Québécois et ton ami de Beaconsfield sera un Anglo-Québécois. C’est le cash et l’adjectif qui font la différence.

Aux États-Unis, c’est mille fois plus virulent. « God is an American ». L’Américain blanc n’a pas à dire plus. Mais l’autre, le Noir américain, porte en lui tellement de misère, tellement de haine, tellement de mépris, tellement de peur que toutes les Gardes nationales du monde n’arriveront pas à nettoyer la pourriture accumulée depuis le péché originel. Depuis l’esclavage. 

Mon capitaine me disait hier matin que ce n’est pas vraiment un bon été pour aller « rider » en Harley dans le Sud profond...

Est-ce systémique de même poser la question ?

 
 
ReuterWeb Production
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